Promotion et rayonnement de la langue française.

Maintenir la qualité de notre langue, sans laxisme ni purisme.

Coup de gueule à la Croix-hebdo

 

Bonjour,

 

Je voudrais profiter du numéro 41670 de La Croix-Hebdo (le dernier) pour réfléchir sur la cohérence de cet exemplaire pour notre hebdomadaire. En effet, ce numéro est une sorte de mise sur un piédestal de la culture anglo-saxonne qui va de Walt Disney aux créateurs de séries. Outre l’usage abusif d’anglicismes  comme running (pour course à pied) par l’éditorialiste, ou encore le titre  de Bullshit Jobs (pour emplois à la con, si j’ai bien compris), jusqu’aux showrunners (là je ne comprends même pas ce que ça veut dire et je trouve cela très offensant pour vos lecteurs car je suis sûr que la très grande majorité en ignore le sens), c’est une véritable soumission à la sémantique américanisante qui apparait. Je voudrais vous rappeler à ce sujet une déclaration de François Cavanna, peu suspect de franchouillardise : « C’est mépriser le français que de préférer à ses mots des mots étrangers, c’est avoir honte de sa propre langue, et donc honte de ce qu’on est soi-même, que de se gargariser de vocables américains ».

Plus profondément, on peut s’étonner qu’à l’heure du confinement, alors qu’on parle d’un retour à l’essentiel, vous assuriez la promotion d’une dépendance à « l’entertainment » connecté (j’emploie délibérément  cet anglicisme à la place de divertissement pour être sûr d’être compris), assurant un peu plus encore le processus de « coolonisation » de notre culture, processus qui asservit sans relâche les esprits de nos concitoyens. C’est non seulement une faute de goût, une faute de l’intelligence, mais c’est aussi une incohérence, sinon une contradiction, avec la ligne de La Croix et encore plus avec les besoins du temps et de la période que nous traversons. J’en suis tout à fait désolé.

 

Alain Sulmon

Coup de gueule à la chaine l'Equipe

                                                                                                                       Le 22 décembre 2020

 

 

 

 

Mesdames, Messieurs,                                                                                                                                                                                                                                      

 

Je souhaiterais attirer l’attention de votre chaîne, son équipe de rédaction, ses journalistes et ses commentateurs sur l’invraisemblable dégradation de la langue française véhiculée par la chaîne « L’équipe », notamment par l’abus d’anglicismes.

 

Je ne donnerai que quelques exemple significatifs  mais ces anglicismes sont légion : sur votre site internet on annonce déjà par exemple des reportages en direct en live streaming  (quel charabia !). De même,  je regarde avec intérêt en ce moment les compétitions de biathlon. Vos commentateurs Anne-Sophie Bernardi  et Alexis Leboeuf se font les champions d’un sabir atlantique de bien mauvais goût : il n’y a plus de listes de départ ni même jamais plus un ordre de départ, mais seulement des « start-lists », les biathlètes ne sont plus de bons finisseurs mais des  « finishers », il n’y a plus de courses en ligne mais des « mass-starts », fini les classements, voici maintenant les « rankings », etc., etc.

 

Pierre de Coubertin, l’inventeur de la patrouille militaire, l’ancêtre du biathlon, de même que Jacques Goddet, le fondateur de L’Equipe, doivent se retourner dans leur tombe ! Et L’argument selon lequel l’emploi abusif de vocables anglo-saxons illustrerait une évolution de notre langue ne tient pas : qu’est-ce qu’une évolution sinon un processus de transformation lent, progressif et interne ? L’arrivée brutale, massive et externe des anglicismes n’est pas une évolution, c’est une invasion ! N’est-il pas aussi de votre responsabilité déontologique de respecter la langue française ? Nous sommes à la limite de la délinquance langagière !

 

L’éminent linguiste anglais David Crystal, décoré par la reine Elisabeth pour « services rendus à la langue anglaise », a récemment affirmé que si l’anglais devenait la seule langue de référence : « Ce serait le plus grand désastre intellectuel que la planète ait jamais connu ! ». Ne participez pas à ce désastre.

 

De grâce, ressaisissez-vous pendant qu’il est encore temps !

 

Aves mes salutations,

Alain Sulmon

 

 

Post-scriptum

1 – Je remarque que  vos commentateurs continuent de parler de bonnes « finisseuses » pour les athlètes féminines et non « finisheuses ». On se demande bien pourquoi ? Ne serait-ce pas parce qu’au féminin le terme « finisheuse » apparaît encore plus incongru ? Comme le ridicule ne tue plus et qu’il a déjà été atteint,  je réclame la parité pour les deux sexes et donc, soit revenir à finisseur/finisseuse  (en bon français), soit passer à finisher/finisheuse (en piteux franglais) ce  qui, tant qu’à faire, aura au moins le mérite de la cohérence mais attention au lapsus « finichieuse » ( !) qui pourrait tout autant vous attirer les foudres de féministes et… des compétitrices.

 

2 – Pourquoi éliminer une dénomination française utilisée depuis des décennies à savoir « la course en ligne » que tout le monde comprend, pour la remplacer par la dénomination anglo-saxonne mass start ? On marche sur la tête ! La course en ligne renvoie à une situation dynamique puisque la course est déjà lancée ! Et moi j’imagine, s’il s’agit de vélo, quelques cyclistes (et non des bikers) tentant une échappée, s’il s’agit de course à pied (et non de running) un groupe d’Ethiopiens et de Kényans caracolant en tête, s’il s’agit de fondeurs, une rangée de skieurs glissant dans un rythme chaloupé sur la neige au pas de patinage (et non du skating), alors que le départ groupé (c’est-à-dire la mass start pour ceux qui ne comprendraient plus en français) renvoie à une situation statique, les coureurs ou les skieurs ou les cyclistes étant rassemblés et immobiles en masse plus ou moins informe dans l’attente du départ. Pourquoi donc abandonner l’appellation dynamique du français au profit de la dénomination passive de l’anglais ? D’autre part, je ne sais pas pour vous mais, pour moi, la mass start, formule étrangère, n’éveille en rien mon imagination et correspond à un électroencéphalogramme plat, sauf évidemment si je peux la franciser, comme par exemple en mass start-à-la-crème, et alors là oui, mon imagination s’en trouve à nouveau stimulée (et non boostée) et même réjouie. Vous voyez par cet exemple, pris parmi d’autres, comment on défait une langue et comment on pratique un véritable incivisme linguistique car comme le soulignait François Mitterand : « C‘est blesser un peuple au plus profond de lui-même que de l’atteindre dans sa culture et dans sa langue”.