Le 22 décembre 2020
Mesdames, Messieurs,
Je souhaiterais
attirer l’attention de votre chaîne, son équipe de rédaction, ses journalistes
et ses commentateurs sur l’invraisemblable dégradation de la langue française
véhiculée par la chaîne « L’équipe », notamment par l’abus
d’anglicismes.
Je ne donnerai que
quelques exemple significatifs mais ces anglicismes sont légion :
sur votre site internet on annonce déjà par exemple des reportages en direct
en live streaming (quel charabia !). De même, je regarde
avec intérêt en ce moment les compétitions de biathlon. Vos commentateurs Anne-Sophie
Bernardi et Alexis Leboeuf se font les champions d’un sabir atlantique de
bien mauvais goût : il n’y a plus de listes de départ ni même jamais plus
un ordre de départ, mais seulement des « start-lists », les
biathlètes ne sont plus de bons finisseurs mais des « finishers »,
il n’y a plus de courses en ligne mais des « mass-starts », fini
les classements, voici maintenant les « rankings », etc., etc.
Pierre de
Coubertin, l’inventeur de la patrouille militaire, l’ancêtre du biathlon, de
même que Jacques Goddet, le fondateur de L’Equipe, doivent se retourner dans
leur tombe ! Et L’argument selon lequel
l’emploi abusif de vocables anglo-saxons illustrerait une évolution de notre
langue ne tient pas : qu’est-ce qu’une évolution sinon un processus
de transformation lent, progressif et interne ? L’arrivée brutale, massive
et externe des anglicismes n’est pas une évolution, c’est une invasion !
N’est-il pas aussi de votre responsabilité déontologique de respecter la langue
française ? Nous sommes à la limite de la délinquance langagière !
L’éminent linguiste
anglais David Crystal, décoré par la reine Elisabeth pour « services
rendus à la langue anglaise », a récemment affirmé que si l’anglais
devenait la seule langue de référence : « Ce serait le plus grand désastre
intellectuel que la planète ait jamais connu ! ». Ne participez pas à ce
désastre.
De grâce,
ressaisissez-vous pendant qu’il est encore temps !
Aves mes
salutations,
Alain Sulmon
Post-scriptum
1 – Je remarque
que vos commentateurs continuent de parler de bonnes
« finisseuses » pour les athlètes féminines et
non « finisheuses ». On se demande bien pourquoi ? Ne
serait-ce pas parce qu’au féminin le terme « finisheuse » apparaît encore
plus incongru ? Comme le ridicule ne tue plus et qu’il a déjà été
atteint, je réclame la parité pour les deux sexes et donc, soit revenir à
finisseur/finisseuse (en bon français), soit passer à finisher/finisheuse
(en piteux franglais) ce qui, tant qu’à
faire, aura au moins le mérite de la cohérence mais attention au lapsus « finichieuse »
( !) qui pourrait tout autant vous attirer les foudres de féministes
et… des compétitrices.
2 – Pourquoi éliminer une dénomination française
utilisée depuis des décennies à savoir « la course en ligne » que tout le monde comprend, pour la
remplacer par la dénomination anglo-saxonne mass start ? On marche sur la tête ! La course en ligne renvoie à une situation dynamique puisque la course
est déjà lancée ! Et moi j’imagine, s’il s’agit de vélo, quelques cyclistes (et
non des bikers) tentant une échappée, s’il s’agit de course à pied
(et non de running) un groupe d’Ethiopiens et de Kényans caracolant
en tête, s’il s’agit de fondeurs, une rangée de skieurs glissant dans un rythme
chaloupé sur la neige au pas de patinage (et non du skating), alors que
le départ groupé (c’est-à-dire
la mass start pour ceux qui ne comprendraient plus en français)
renvoie à une situation statique,
les coureurs ou les skieurs ou les cyclistes étant rassemblés et immobiles en
masse plus ou moins informe dans l’attente du départ. Pourquoi donc abandonner
l’appellation dynamique du français au profit de la dénomination passive de
l’anglais ? D’autre part, je ne sais pas pour vous mais, pour moi, la mass start, formule étrangère, n’éveille en rien mon imagination et
correspond à un électroencéphalogramme plat, sauf évidemment si je peux la
franciser, comme par exemple en mass
start-à-la-crème, et alors là oui, mon imagination s’en trouve à nouveau
stimulée (et non boostée) et même
réjouie. Vous voyez par cet exemple, pris parmi d’autres, comment on défait
une langue et comment on pratique un véritable incivisme linguistique car comme
le soulignait François Mitterand : « C‘est blesser un peuple au
plus profond de lui-même que de l’atteindre dans sa culture et dans sa langue”.