Promotion et rayonnement de la langue française.

Maintenir la qualité de notre langue, sans laxisme ni purisme.

La Croix anglicismes abusifs

Remarques et propositions du Président A. Sulmon au journal La Croix concernant l'usage d'Anglicismes abusifs


Bonjour,

Je suis conscient des efforts faits par le journal La Croix pour respecter la langue française et éviter les anglicismes abusifs. Cependant, dans le numéro de ce vendredi 2 juin 2017, je constate un retour aussi incongru qu'important de l'anglomanie.

Pour ne pas être trop long, je me limiterai aux anglicismes dans les titres sachant qu'ils sont bien plus nombreux dans le corps des articles :

- Page 3 : "la Chine et l'Union européenne postulent au leadership mondial"
- Page 11 : "Comment Bruxelles veut limiter le dumping social de la route "
- Page 27 : "Sécurité high-tech pour le vélo"

Avec de l'imagination et de la détermination, il est pourtant possible d'éviter ces anglicismes qui relèvent du laisser-aller linguistique voire, quand il deviennent trop récurrents, de l'incivilité langagière.

Ne peut-on par exemple parler de "primauté" ou de "prédominance" au lieu de leadership ? La chine et la Communauté européenne ne postulent-elles pas à la prédominance mondiale en matière d'environnement ? De même n'est-il pas possible de parler de "moins-disant" ou de "sous-enchère" à la place de dumping ? La commission européenne ne cherche-t-elle pas à contenir la sous-enchère sociale dans les transports européens ? Enfin pourquoi ne pas parler de "techniques de pointe" au lieu de high-tech ? Est-ce si difficile, en français, d'écrire que la sécurité des vélos intègre les techniques de pointe ?

"La langue anglaise, comme le disait l'écrivain libanais Salah Stétié, n'est axée sur rien d'autre que l'efficacité" tandis que le Flamand Emile Verhaeren considérait que "la plus solide gloire de la langue française, c'est d'être le meilleur outil de la pensée humaine".

Relisez donc lez titres initiaux en les comparant à leurs équivalents français, voyez comme ces derniers expriment avec plus de densité, d'élégance et de précision, la pensée et l'expression concernées. Parler le français avec justesse ? mais tout le monde a à y gagner !

Merci de transmettre à qui de droit.

Avec mes salutations cordiales,

Pléonasmes courants



Petite liste, non exhaustive des pléonasmes récurrents (Par Bernard Legrand)


·  Au jour d’aujourd’hui : un grand classique de l’oral. Pour insister sur le fait qu’un événement se déroule effectivement ce jour. Mais « hui » signifiant ce jour, et aujourd’hui étant ainsi lui-même un pléonasme, « au jour d’aujourd’hui », ça fait un peu beaucoup, non ?
·  Reporter à une date ultérieure : si on reporte, c’est pour plus tard.
·  Prédire à l’avance : prédire signifie anticiper, donc forcément à l’avance.
·  Une opportunité à saisir : dans « opportunité » il y a déjà la notion d’élément intéressant qu’il fait saisir.
·  Un tri sélectif : le fait de trier, c’est sélectionner, mettre de côté, séparer. Donc sélectif.
·  S’avérer vrai : s’avérer = se révéler exact.
·  Opposer son veto : veto en latin veut déjà dire « je m’oppose ». Donc, il oppose son veto = il oppose le fait de s’opposer. On dira « mettre son veto ».
·  Optimiser au maximum : optimiser veut déjà dire améliorer, avec la volonté d’atteindre le meilleur.
·  Demander d’un air interrogatif : là aussi, redondance.
·  Le danger potentiel : « danger » signifie qu’un péril est susceptible de survenir. Il est donc nécessairement « potentiel ».
·  Voire même : on écrira « voire » ou « même » mais pas les deux en même temps !
 ·  Réserver à l’avance (un restau, un voyage) : dans « réserver », il y a déjà l’idée d’anticipation.
·  S’autogérer soi-même : dans « auto », il y a la notion de « soi ».
·  Comme par exemple : soit on écrit « comme », soit « par exemple », mais pas les deux.
·  Applaudir des deux mains : avec une seule, c’est moins pratique.
·  Un bip sonore : je ne connais pas les bips lumineux par exemple.
·  Le but final : un but étant une finalité en soi…
·  Coopérer ou collaborer ensemble : le préfixe « co- » invite déjà à être ensemble.
·  Crier fort : on peut difficilement crier en murmurant, à moins qu’on puisse murmurer en criant…
·  Consensus commun : il peut peut-être exister des consensus partagés par une seule personne, mais j’en doute.
·  Courte allocution : je préfère toujours un long discours !
·  Une dune de sable : de quoi d’autre la dune… ? De cailloux ? Ce n’est plus une dune alors.
·  Une fausse perruque : donc de vrais cheveux sur la tête ?
·  Ils se rapprochent les uns des autres : lorsqu’on se rapproche, c’est les uns des autres, non ?
·  La marche à pied : elle est plus fatigante que celle à vélo, je vous l’accorde.
·  Perfection absolue : la perfection invite déjà à la notion de ce qu’il y a de mieux.
·  Période de temps : pourrait-on imaginer une période qui soit autre chose que du temps ?
·  Petit détail : assez courant comme pléonasme ; maintenant, un détail reste un petit point, sinon ce n’est plus un détail.
·  Puis ensuite : l’un ou l’autre, mon capitaine !
·  Préférer plutôt : quand on préfère, c’est plutôt une chose qu’une autre, non ?
·  Repasser une deuxième (ou seconde fois) : avec « re- », on indique déjà qu’on recommence.
·  Mauvais cauchemar : rares sont les cauchemars joyeux.
·  Monopole exclusif : un monopole partagé n’est plus vraiment un monopole.
·  Tollé de protestations : tollé = levée de protestations.
·  Le seul et unique : peut-on être pluriel dans l’unicité ? Je laisse les philosophes répondre.
·  Unanimité totale : une décision peut-elle faire l’unanimité de la moitié des personnes ?
·  Surprendre à l’improviste : quand on est surpris, c’est forcément par surprise !
·  Retour en arrière : difficile d’imaginer un retour en avant je crois.
·  Geler de froid : certes, quand c’est froid, ça peut brûler aussi, mais bon.
·  Commencer d’abord : il faut bien commencer quelque part, mais ce sera forcément en premier.
·  Un taux d’alcoolémie : alcoolémie = taux d’alcool dans le sang. Donc le taux d’un taux ? Pas simple.
·  Le faux prétexte : un prétexte c’est quelque chose qu’on invente, donc c’est par essence faux, non ?
·  Caserne (ou garnison) militaire : je ne savais pas qu’il existait des garnisons civiles.
·  Populations civiles : parle-t-on a contrario de populations militaires ?
·  Lorgner sur : on « louche sur », mais « on lorgne » (transitif direct) les bons gâteaux qui sortent du four !
·  Le principal protagoniste : les protagonistes de second plan sont-ils encore des protagonistes ?
·  Talonner de près : pour talonner faut être dans les talons. Donc pas trop loin quoi.
·  Un hasard imprévu : prévoir les choses peut-il occasionner du hasard ?
·  Répéter deux fois : si on « répète » c’est qu’on a déjà dit, donc au moins une fois, ce qui fait deux en tout ! Mais on peut dire bien sûr « répéter trois, quatre, dix fois… »
·  Dresser les cheveux sur la tête : a-t-on des cheveux ailleurs ?
·  C’est de lui dont je parle : dans « dont » il y a déjà « de ». Donc « c’est lui dont je parle » ou « c’est de lui que je parle ». Mais pas un mélange des deux.
·  Démissionner de ses fonctions : de quoi d’autre sinon ?
·  Un revolver à barillet : un revolver est une arme à barillet.
·  Mitonner lentement : mitonner du vite-fait, le résultat n’est pas garanti !
·  L’apparence extérieure : l’apparence intérieure est assez compliquée à catégoriser.
·  Autorisation préalable : si on autorise une action ou autre, c’est forcément avant de la faire.
·  Avertir (pronostiquer) à l’avance : une fois que le truc est passé, on ne peut plus trop avertir.
·  Claquer bruyamment la porte : on peut essayer de la claquer doucement, mais cela fera toujours du bruit…
·  Continuer encore : on peut s’arrêter de continuer, mais si on continue, c’est encore et encore… (et c’est que le début…)
·  Cotiser à plusieurs : eh oui, « co-» cela veut dire ensemble.
·  Importer de l’étranger : importer du pays où l’on est déjà, c’est compliqué.
·  Illusions trompeuses (ou mirage trompeur) : n’est-ce pas le but de l’illusion que de tromper ?
·  Au maximum de son apogée : très lourd, là, l’apogée étant déjà le maximum par définition.
·  S’aider mutuellement : s’aider tout seul, c’est pas le mieux pour progresser.
·  Les perspectives d’avenir : celles du passé ne sont plus trop des perspectives.
·  Un bref résumé : un long résumé n’est plus un résumé.
·  Dépenses somptuaires : somptuaire = relatif aux dépenses, notamment inutiles, ou luxueuses. Des taxes ou impôts peuvent être somptuaires, mais ce seront toujours quelque part des dépenses.
·  Les étapes successives : les étapes se suivent déjà.
·  Les méandres sinueux : un méandre est déjà tortueux, pas la peine d’en rajouter.
·  Devenir par la suite (ensuite) : devenir avant n’est pas facile.
·  Cadeau ou don gratuit : payer pour avoir un cadeau, c’est pas cool.
·  Un ciel constellé d’étoiles : consteller = étoile.
·  Être devant une double alternative : en français, une alternative est une situation dans laquelle deux choix s’offrent, pas plus.
·  S’esclaffer de rire : on peut s’esclaffer de ce pléonasme, mais ce sera de rire de toute façon ! S’esclaffer = pouffer, donc de rire.
·  Un haut building : un building peut être plus petit qu’un autre, certes, mais il reste de toute façon haut.
·         Des précédents par le passé : tout ce qui arrivera demain n’est pas vraiment un précédent.